vendredi 22 octobre 2010

École  : les pièges de la concurrence - Comprendre le déclin de l’école française

Ceux qui veulent vraiment s’attaquer aux problèmes de l’école française, bien loin d’être « la meilleure du monde » comme on l’a parfois entendu, devraient prendre la peine de lire l’ouvrage que viennent de publier plusieurs sociologues, suite à une longue recherche menée par une équipe issue de huit laboratoires, de 2002 à 2006 (avec actualisation pour ce livre). Sans effets de manche et sans lourdes assertions dogmatiques, ce livre très lisible, souvent très précis et concret, est néanmoins accablant pour les politiques menées ces dernières années dans le domaine scolaire.
Un constat, indiqué dans le sous-titre  : les résultats de notre école sont en baisse, et un chiffre doit attirer notre attention  : l’augmentation spectaculaire de la proportion des lecteurs niveau 1 (c’est-à-dire les quasi non-lecteurs) passée de 4 à 8,5 % en quelques années. Depuis peu, la France a rejoint le peloton de tête des pays les plus inégalitaires en matière scolaire. Reste à comprendre pourquoi. Les auteurs proposent des explications très convaincantes, mais qui obligent à un regard acéré sur le fonctionnement du système  : on est alors loin des à peu près médiatiques ou des discours convenus de trop de politiques. Sans parler de ceux qui continuent à affirmer qu’on s’est « trop occupé » des élèves en difficulté  !
Les auteurs ont notamment comparé les résultats en fin de collège de plusieurs départements. Ils ont eu la surprise de noter que, par exemple, les résultats de la région parisienne, la plus riche de France, étaient inférieurs à ce qu’on aurait pu attendre, et plus particulièrement ceux des Hauts-de-Seine et des Yvelines, très favorisés socialement. Dans ces deux départements, les collèges populaires ont des résultats moyens plus bas qu’en Seine-Saint-Denis. Plus surprenant encore, les élèves des « classes moyennes » de ces départements ont aussi des résultats médiocres par rapport à la moyenne nationale. Or, ce sont des endroits où l’offre scolaire est forte et où il y a la possibilité de « fuir » les collèges « populaires ». Du coup, ceux-ci ont tendance à la ghettoïsation tandis que les « bons collèges » font subir une forte pression, qui souvent décourage ceux qui ont du mal à suivre. Tout le monde est perdant, sauf peut-être la petite élite des meilleurs. Beau résultat de l’« assouplissement de la carte scolaire »  !
À l’inverse, dans un département comme la Loire, les résultats sont plutôt bons et peu inégalitaires pour des raisons complexes, parmi lesquelles des traditions locales de lien entre enseignants et familles, un attachement au secteur où l’on vit, la stabilité des équipes, et aussi, à vrai dire, le souci de maintenir des effectifs suffisants dans les collèges face à la concurrence du privé et au déclin démographique.
Les auteurs, dont notre amie Françoise Lorcerie, montrent aussi les considérables carences de pilotage de notre système (par exemple sur les ZEP, avec l’absence de suite donnée à des rapports souvent pertinents), ce qui a pour conséquences par exemple la destruction d’un travail collectif de plusieurs années, comme dans ce collège des Yvelines, dont nous avons parlé sous son vrai nom autrefois dans notre revue, en perdition suite à l’ouverture désastreuse d’un autre collège proche attirant les meilleurs élèves, faute aussi d’une action d’information conséquente. Citons aussi ce secteur populaire nantais où des dispositifs sont mis en péril par une application bornée de nouveaux textes (aussi intéressants soient-ils parfois)...
À un endroit du livre, on cite les paroles lénifiantes d’un responsable institutionnel clamant que tel collège « ne va pas si mal » parce que quelques-uns de ses élèves ont eu des mentions au brevet, en ne considérant pas les résultats globaux, et en oubliant que ces mentions n’auraient jamais été obtenues sans la prise en compte d’une notation continue flatteuse en décalage avec les résultats des épreuves écrites nationales. Un bon exemple de la cécité de certains qui préfèrent vanter tout ce qui va dans le sens de la « méritocratie », ne regardant que la réussite des meilleurs, occultant les vrais problèmes, ce qui aboutit bien souvent à une démoralisation des acteurs et à une méfiance généralisée.
Bien d’autres aspects sont abordés dans ce livre important, que nous évoquons dans l’entretien avec deux de ses coordonnateurs, notamment sur les perspectives, pour éviter l’« aggravation inexorable » évoquée dans la conclusion, heureusement, avec un point d’interrogation...
http://www.cahiers-pedagogiques.com/spip.php?article7086

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire